Sophie Inard, artiste française de 37 ans, originaire de la Drôme, et basée à Paris, détourne des objets liés à la puissance en les enveloppant de mailles crochetées. Par ce geste, elle confronte les symboles du pouvoir et se joue des contrastes : force et vulnérabilité, spectacle et intime, individuel et collectif. Ses oeuvres ont été exposées en France et à l’international, notamment au McNay ArtMuseum (Texas) et au concept store Merci (Paris).
Le crochet, longtemps associé au travail domestique féminin, devient ici un outil de dialogue entre mondes. En recouvrant des objets de sport, des trophées ou des armes, l’artiste interroge la manière dont nos sociétés représentent la puissance, la victoire, la protection. Chaque maille tisse un lien entre passé et présent, entre artisanat et performance, entre cequi unit et ce qui sépare. Certaines de ses grandes pièces sont réalisées en collaboration avec des femmesretraitées ou éloignées de l’emploi, prolongeant ainsi un geste collectif et solidaire.
Quartier Latin réunit des objets de puissance : armes, casques, accessoires sportifs - recouverts de maille crochetée. En les enveloppant, je transforme leur fonction première : ce qui frappe, protège ou intimide glisse vers une forme de fragilité, presque de tendresse. Le crochet introduit un décalage immédiat : une technique issue du domestique et du féminin appliquée à des symboles de puissance.
La série emprunte aux codes de la mode. Ces objets deviennent des « pièces », au sens où ils prolongent le corps et racontent une manière de se présenter au monde. Entre luxe, sport et violence, Quartier Latin met en tension des registres habituellement opposés pour créer une ambiguïté visuelle - inquiétante, drôle parfois, toujours déplacée.
Chaque oeuvre porte un prénom, comme les pièces iconiques de mode auxquelles on attribue des noms propres. Ici, ce geste introduit une dimension plus intime : une constellation de présences, de silhouettes, d’échos personnels. En associant ces prénoms à des objets de pouvoir, l’artiste questionne la façon dont les récits personnels, familiaux ou culturels continuent de nous habiller - au sens propre comme au figuré.
Quartier Latin propose ainsi de nouveaux récits autour d’icônes contemporaines : des objets d’autorité rendus vulnérables, des symboles détournés, un jeu entre care et violence, douceur et menace.
